Session à Lacanau port en ce magnifique dimanche. Je me suis basé sur les prévisions et le relevé de vent de Sanguinet pour déduire qu’à Lacanau j’aurai peut-être la chance de tomber sur un petit vent d’ouest d’une dizaine de nœuds. Étrangement lorsque j’arrive je trouve un [très] léger vent d’est… Dans les mêmes conditions, beaucoup ne seraient pas partis sur l’eau, et ils auraient manqué quelque chose (cf. plus loin dans l’après-midi)… Qu’à cela ne tienne, je grée la Booster 7.5m² et je pars en Kona, avec l’objectif de faire la balade secrète dont je rêve depuis plusieurs mois maintenant : faire un tour de lac ! Aujourd’hui les conditions sont presque idéales : petit vent parfait pour sortir la Kona, plan d’eau assez calme et ciel régulièrement couvert. Un autre jour j’aurais préféré avoir grand beau temps, mais hier j’ai attrapé quelques rougeurs à l’océan ; les nuages cachant le soleil sont donc quelques instants de répit
Un lycra et quelques couches de crème solaire à haut indice font le reste.
Me voilà donc parti sur le lac de Lacanau, seul avec 2 groupes de cayakistes et quelques rares voiliers. Je monte vers la marina de Talaris, accroche un peu le fond du lac avec mon aileron de 40cm, et décide de remonter le chenal de la marina pour la découvrir. Malheureusement le vent d’est me force à louvoyer sur des bords de moins de vingt mètres, ce qui est loin d’être confortable, et plus j’avance moins le vent se fait sentir, arrêté par les pins. Deux chiens seuls sur la berge tentent de venir me donner un coup de main à la nage, mais rebroussent chemin lorsque je le fais aussi. Je sors du chenal de la marina, mettant temporairement cet objectif pour une furture session de vent d’ouest, et mets le cap vers un endroit où je rêve d’aller depuis plusieurs années : les iles au sud du lac.
Tranquillement je cape vers les iles, profitant de la tranquillité du plan d’eau pour réaliser quelques mouvements et étirements sur la planche pour décoincer mos dos complètement rouillé par l’hiver… Je fais aussi travailler la dérive de la Kona, qui a une facheuse tendance à ne pas vouloir être manœuvrée avec un seul pied. Et malgré mes efforts, c’est toujours le cas ! Saloperie de dérive.
J’arrive sur les iles. 2 bords de près avec la dérive suffisent à remonter pour les dépasser. Franchement, on pourra dire ce qu’on veut sur les planches à dérives par rapport au funboard, mais là je dis “respect” : ça fait longtemps que je n’avais pas capé aussi bien, mais surtout aussi facilement ! Je repars vers Lacanau port, tout en profitant du paysage magnifique offert par tous les coins du lac : forêts, plages de sable, sans oublier les iles, quelques oiseaux (les premiers printaniers ?) que je ne sais pas encore reconnaître… La randonnée en planche c’est vraiment le pied.
Ce lac est parsemé de poteaux en plein milieu du plan d’eau ; à quoi peuvent-il bien servir ? À indiquer des hauts-fonds ? des épaves ?
Je croise la route d’un kayakiste, le salue, tente de rattraper un plaisancier à la voile et au génois, y parviens presque, puis finalement le dépasse lorsqu’il change de cap. Quelques risées m’invitent à pomper pour faire déjauger la Kona qui se comporte vraiment bien. Son poids m’empêche de la considérer comme un funboard, mais ses qualités de glisse sont vraiment excellentes.
Je reste encore quelques minutes loin du bord, puis laisse tomber ma voile pour regarder autour de moi et profiter du calme ambiant. Le vent tombe peu à peu et je me décide à rentrer. Avant que j’ai pu atteindre le bord, le vent tombe définitivement. Mince. Je me mets à pomper tranquillement quelques instant, puis en tournant la tête vers le sud j’aperçois une ombre menaçante avançant à grande vitesse sur le lac : le vent se lève plein pôt sud-est, et balaye tout sur son passage.
Le lac devient blanc, recouvert par les moutons. Un coup de pied pour remonter la dérive et à peine le temps de mettre le pied dans les straps que la Kona part au planning d’un coup, surmontée d’un gars qui tente de maîtriser sa voile devenue beaucoup trop grande. Heureusement les cambers de la Booster stabilisent un peu le profil, et je gagne en confiance sur le matériel. Un virement de bord au taquet, et ça repart de plus belle sur l’autre bord. La Kona tape à peine sur le clapot, elle fonce à une vitesse folle, tout en restant étonnament contrôlable. Vraiment cette planche est suprenante.
“Exocet Kona : plus qu’une planche à voile, une planche à fun !”
Encore quelques bords au taquet et je me décide à changer de matériel. Je sors la 4.7m² et prépare la Goya FW95, pour vous dire comme le vent est fort. Mais le temps que la planche soit prète, il mollit et tourne ouest. Qu’à cela ne tienne, je grée la 6.7 (la 4.7 n’était pas déroulée et tout ceci se passe assez vite ; 10 minutes à tout casser), et pars en fanfare sur le plan d’eau où le vent commence à lever un peu de clapot : chouette, des tremplins partout !
Bon autant le dire, sur la Goya ce n’est pas la joie : le vent continue de tourner et de mollir. Il se stabilise plein ouest et je ne planne pas. Je m’en vais donc sortir la JP X-Cite 135, je reprends la 7.5m² et là c’est l’alchimie parfaite : au taquet sans pomper, une petite houle bien formée… Le pied au planning. Et dire qu’il y a à peine 30 minutes, je pensais plier le matériel pour faute de “plus de vent”…
Un planchiste me rejoint, il planne en 6.5 sur une Starboard bizarre, très carrée de l’avant. Ça me dit quelque chose mais ça fait longtemps que je n’ai pas regardé l’évolution du matos. Ça ressemble à une iSONIC mais en moins beau
N’empêche, il planne bien le monsieur. Quelques jeunes débarquent avec leur matos et ça fait plaisir de voir que la relève se prépare. Tout fou, le p’tit gars qui arrive en courant me demander : “Hé m’sieur, vous penser que 6.1 ça va aller pour moi ?”. Mais Carrément !
La latte cassée de ma Booster commence à sérieusement tirer la tronche. Ça fait un moment qu’elle est cassée, mais je fais semblant de ne pas le voir car je sais bien que je ne pourrais pas la remplacer faute de finances nécessaires… Je me décide à arrêter à contrecœur, et peut-être à rentrer. Mais le planchiste en 6.5m² planne toujours. Je reprends la 6.7m² et rebelote pour encore plusieurs bords au taquet… La fin de la session n’est pas encore venue
Je perfectionne mon jibe sur la X-Cite. Il est plus accéré qu’avant, plus radical. Le rail mord bien et pourtant la relance est bonne. Je pense que le début de session tranquille en Kona m’a bien échauffé, et dans cet instant en fun j’ai le sentiment d’être parfaitement à l’aise, bien réglé au niveau matos, et en pleine forme. Le dérrouillage du dos fonctionne bien. J’aime le printemps car il marque pour moi le retour de la santé.
Bon. Après plusieurs heures sur l’eau, je commence à ressentir la bonne fatigue. Je n’oublies pas que je suis simplement vétu d’un lycra, et quelques chûtes me font percevoir un peu le froid. J’ai enfin la sensation d’avoir fait une session “jusqu’au bout” : “Enfin fatigué, vraiment”. Il fallait tout ça pour que je me sente complètement et entièrement bien pour la première fois de saison.
Je plie le matériel tranquillement, sur fond musical du 25e anivversaire du Cafe del Mar… Une fois la dernière voile dégréée, il se met à pleuvoir. Parfait, je rentre. Un bon souvenir qui motivera les prochaines sessions.
Pour mémoire j’ai réussi à manutensionner la Kona seul, et depuis notre balcon jusquà la fin des escaliers de la résidence, ce n’est pas une mince affaire. Il faut être assez motivé pour se trainer un flotteur de 20 kilos et 3,72m à l’intérieur d’un appartement. Quant à la remonter dans l’appart après 4 heures de planche dans les bras, je ne vous en parle même pas
Mais le plaisir sur l’eau en vaut largement la chandelle.