Mon avis sur « trop intelligent pour être heureux ? »

By on 12 septembre 2015, in Cheminement personnel, Lecture, Parole

La lecture de ce livre m’a beaucoup éclairé. Pas vraiment appris, mais éclairé. J’ai eu la sensation que des personnes — au moins une, à vrai dire — ont beaucoup étudié mon cas.

Ça fait plaisir de voir quelqu’un se pencher sur ma nature, autant que moi je me penche tous les jours sur la nature humaine. C’est rassurant, sur cette nature humaine justement.

Ça fait plaisir aussi de savoir que je ne suis pas seul. Pas seul tout court, pas seul à être pris pour un fou-furieux, un illuminé, un grand naïf de la vie, un perché, un medium, ou plein d’autres qualificatifs utilisés par les gens qui ne comprennent pas, refusent ou rejettent.

Il est évident que Jeanne Siaud-Facchin a eu et a beaucoup à faire avec des zèbres à problèmes. Ça transpire partout, notamment parce que les mécanismes de fonctionnement sont livrés sous formes de témoignages de personnes qui les vivent mal, et que les descriptions mettent en avant les dérives possibles et constatées. D’un autre côté, comme elle dit, peu de zèbres qui se sentent bien consultent… Donc ceux pour qui ça ne pose pas de problèmes sont invisibles, et probablement plus difficiles à décrire.

Le livre ne descend pas suffisament en profondeur sur certains points. Le côté pathologique a probablement empêché les sujets de développer certaines capacités, du coup seules leurs potentialités ou des versions embryonnaires sont étudiées. Dommage, mais compréhensible compte-tenu du contexte.

Le livre contient aussi de nombreuses répétitions, trop nombreuses à mon goût. Il est probable que ça aide à faire rentrer les notions importantes dans les esprits « normaux », mais moi j’ai trouvé ça particulièrement chiant, comme s’il fallait rappeler le contexte des premiers chapitres à chaque nouveau point important.

Mon passage préféré reste, de loin, le chapître 10. Celui qui décrit l’énergie infinie, l’hyper-conscience, la mémorisation hors-norme, la volonté de sauver le monde comme un enfant, l’empathie utilisée pour aider les autres et diverses manières trop cool d’utiliser nos « talents » d’Achille. Il est trop court à mon goût, car il représente l’essentiel de ma vie. La méditation pleine conscience, la CNV, et d’autres outils faisant partie de mon quotidien depuis mon adolescence, c’est à travers ce prisme que j’apréhende le monde, que je suis profondément heureux et positif, et j’aurais aimé le voir plus développé.

J’ajouterais volontiers ma touche personnelle à ce chapître, à savoir l’intensité des désirs telle qu’elle permet de déplacer des montagnes, ou au moins de mener des actions hors du commun. Souvent ces actions font profondément sourire ou donnent la pêche aux personnes vers qui elles sont destinées. La joie, le plaisir ricochent alors autour de ces personnes, et je vois leur monde, notre monde, changer. C’est trop beau, j’en chiale à chaque fois tellement c’est bon. Je me sens vraiment utile. Cette intensité de désirs, bien canalisée, sublimée, sert littéralement la volonté de changer le monde, et la rend carrément concrète.

J’y ajouterais aussi une capacité que j’ai développée au fil du temps, celle de pouvoir créer ou maintenir à volo un état de flow. Quand j’ai un désir ou une émotion important(e), je le sens, et je peux le « faire durer », presque artificiellement. La plupart du temps grâce à la musique. Je trouve une mélodie & un rythme qui s’accordent à ce désir ou cette émotion, et en écoutant la musique plusieurs fois, je rappelle l’émotion, je la maintien, je la fais durer, je la ressens encore et encore, probablement plus qu’elle ne devrait. Je peux l’observer, l’analyser, la décortiquer, trouver d’où elle vient (l’évènement ou la suite d’informations hyper-conscientes qui l’ont créée), éventuellement la tuer si elle n’est pas appropriée, ou au contraire la faire grandir si je le souhaite, ou que j’ai besoin d’en tirer de l’énergie dans un certain contexte. Tout ça me prend aussi de l’énergie, mais soyons franc, j’en déborde, ça m’apporte bien plus que ça ne m’en prend. C’est un outil pour mieux me connaître, chaque jour. Je m’observe ressentir, en plus de ressentir. C’est un véritable avantage. J’ai toujours le choix de ce que je fais de cette émotion.

Pour les autres chapitres, les dérives ou les problèmes, j’y ajouterai volontiers la fatigue, sous une forme bien particulière. Chez moi en tous cas, la fatigue est un problème récurrent et important, car mon analyseur d’émotion n’est plus capable d’apréhender celles de grande intensité. Il devient défaillant et les interprète mal. Il peut notamment y ajouter une dimension « pathos », inutile évidemment, et biaisant plus ou moins ma compréhension de ce que je ressens.

Il est indispensable que je dorme ou me repose, avec une grande qualité de sommeil. Souvent, une courte sieste de 20 minutes suffit à me remettre les idées en place, n’importe quand dans la journée. Mais du coup ça surprend mon entourage, car ce n’est pas l’heure de la traditionnelle sieste digestive… Et sans cette courte sieste, je vis très — très — mal certaines situations, et l’aide que j’apporte peut en être nulle ou négative, alors que dans de bonnes conditions, je cartonne.

Quelque fois, un rush d’émotion ou de pensée hyperconsciente me réveille en pleine nuit. Pendant plusieurs heures, j’écris, je comprends à une vitesse folle, je résoud des problèmes… Je peux écrire à plusieurs personnes des choses qui les aident. Mais du coup, n’ayant pas dormi, ma journée est complètement foirée si je ne peux pas caser de sieste… La gestion de la fatigue, et la conscience sur mon état énergétique est CRUCIALE pour passer une bonne journée (cf. mon article plus détaillé).

En conclusion, c’est un très bon livre. Pas excellent, car il n’est pas suffisament équilibré entre pathologies et bénéfices de la nature des zèbres, qu’il manque quelques points, et qu’il contient de nombreuses répétitions. Mais malgré ça, je m’y suis retrouvé. Il m’a permis de repasser certains passages de ma vie sous un nouvel éclairage, et de confirmer certains pans en suspend de ma confiance en moi. Je suis maintenant sur-boosté. Je n’en avais pas besoin, mais je vais m’en servir, c’est une certitude. D’ailleurs, je m’en sers déjà.

Je me sens mieux, plus libre d’être moi-même face aux autres. Je ne suis plus un huluberlu illuminé, mais simplement un zèbre. Ça ne change pas grand chose au final (en moi), mais ça change quand même tout dans ma façon d’être au monde, aux autres. Je ne me cache plus. Je joue. À la question « trop intelligent pour être heureux ? », je peux répondre en pleine conscience et sans l’ombre d’un doute « Non, bien au contraire ! Plutôt trop intelligent pour être malheureux ».

Merci J. S-F.

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