Préambule

Dans l’absolu, dans un monde libre, ni ce contrat, ni la définition de ces 4 libertés, ne devraient être nécessaires. Je pense que bon nombre de personnes — moi le premier — souhaitent que les relations entre les personnes ne soient pas régies par des codes implicites imposés socialement.

Implicites, car la relation exclusive-monogame-hétéronormée n’est « enseignée » nulle-part officiellement ; elle est « véhiculée » par bribes plus ou moins évidentes, plus ou moins grosses, dans nos média, nos familles, nos milieux professionnels, notre mémoire commune…

Imposés, car cette relation exclusive-monogame (maintenant un peu moins hétéronormée, en fonction des pays) est légiférée par les états et l’immense majorité des religions. En gros, certaines personnes décident comment d’autres doivent se comporter entre elles, y compris dans l’intimité. Waho. Rien que de l’avoir écrite, cette phrase me fait froid dans le dos.

Toute autre relation, tout autre engagement que celui légiféré — ou au moins « normal » — est critiqué, limite pestiféré ou à minima tout juste toléré, marginalisé et quelque fois poursuivi, comme quelque chose qui ne peut pas fonctionner. Qui ne doit pas fonctionner.

Pourquoi tant de haine ? Tant de rejet ? Tant de peurs ?

Alors que pourtant dans les faits, la relation de couple « classique », exclusive et fidèle donc par définition fermée, enfermante, limitante, s’essoufle et montre de plus en plus ses limites dans nos sociétés modernes. Le sacro-saint couple, baignant dans un contexte ou tout le reste des relations « non-amoureuses » évolue de plus en plus en réseaux organiques.

Alors qu’historiquement et géographiquement, la famille a été bien plus plastique et plus étendue que ce couple qui n’existe que depuis une ou deux centaines d’années tout au plus. Alors que dans le monde entier, historiquement et géographiquement, les enfants sont élevés à leur immense bénéfice par beaucoup plus d’adultes que juste deux, qui meurent d’asphyxie et de fatigue de n’être que juste deux parents.

Cette relation de couple ne doit pas disparaître pour autant. Mais je rêve qu’elle ne devra représenter avec le temps qu’un simple choix parmi une inifinité de possibles, tous aussi valides et légitimes les uns que les autres. Parce que la différence ne tue pas, alors que l’enfermement, oui. La différence enrichit, ouvre, créée.

Certains aspirent — et d’autres pourraient aspirer — à plus de légèreté, plus de flexibilité, plus d’adaptabilité, plus de possibles, plus d’amour et de liberté pour aimer et être aimé(e) comme bon leur semble, soit en fonction de leurs besoins, soit en fonction de leurs désirs. Certains aspirent déjà à ce que leurs enfants soient accompagnés, entourés de l’amour, de l’affection et de l’attention de plusieurs parents, plusieurs relations d’attachement, si importantes pour les enfants comme pour les adultes.

Aspirer à plus de liberté, et pas seulement à du libertinage, du polyamour, du friendsex, de l’amitié sans sexe, de la polyaffectivité, des familles constellaires ou encore tout autre schéma. Ceux-ci sont actuellement éventuellement tolérés comme alternatives possibles, mais ils restent des schémas avec cadre et règles, ne pouvant répondre à tous les cas possibles. Quant à la tolérance, vous savez ce que j’en pense.

Chacun, chacune devrait pouvoir construire la relation, les relations qui lui conviennent, en dehors de tout jugement, et de tout schéma, aussi permissif fût-il. Même nos enfants devraient, à un certain point, pouvoir décider de qui ils souhaitent s’entourer pour s’épanouir. Nos enfants ne nous appartiennent pas. La créativité et l’adaptation de chacun-e, à chacun-e devraient être les seules règles qui prévalent. Les dénominateurs communs : créativité, adaptation, sérendipité, et surtout : partage, et lien d’attachement.

Il y a autant de relations, de types de relations valides, que de combinaisons d’individus sur la terre.

Les relations doivent devenir plastiques et résilientes, à l’image du cerveau humain.

Les 4 libertés de la relation

Ce contrat assure 4 libertés fondamentales dans la relation :

  • liberté d’usage ou de non-usage de son corps
    • pour la communication verbale, considérée ici en tant que parole, expression de l’être (spirituel ? non-physique ?) à travers le corps (physique).
    • mais aussi pour la communication non-verbale,
    • y compris la sexualité, considérée en tant qu’expression ultime de la communication non-verbale.
    • une relation asexuelle est donc parfaitement valide, elle résulte de l’application de cette liberté. Mais elle doit être (au même titre que toutes les autres) une décision explicite résultant d’une confrontation de désirs ou capacités entre les partenaires, plutôt que l’application implicite d’un schéma normatif (par exemple, dans une relation de « type amical », si on se place dans un référentiel sémantique social majoritaire/normatif).
  • liberté de publicité ou de non-publicité de la relation, à hauteur de ce que chacun peut assumer.
  • Note : la liberté de publicité d’une des relations peut potentiellement impacter toutes les autres. Attention à prendre en compte comme dénominateur commun la plus petite capacité à assumer, parmi toutes les relations ; la discussion inter-relationnelle est fortement recommandée.
  • liberté d’engagement ou de non-engagement dans la relation, à durée déterminée ou non. Tout type d’engagement et tout type de terme est concerné.
    • par exemple : les partenaires d’une relation peuvent s’engager, ou pas à « vivre ensemble », ou « habiter séparément », « avoir des enfants » (ou non), « se marier » (ou pas). Notamment, l’ascenseur relationnel social est considéré comme un obstacle à cette liberté ; chacune de ses composantes doit pouvoir être débattue, acceptée ou refusée indépendament des autres. Par exemple, avoir et élever des enfants ne doit pas impliquer d’habiter ensemble. Chacun des engagements est libre, et décorellé des autres.
    • Tout type d’engagement est valide tant que les partenaires sont en accord sur sa validité.
    • Un engagement dans une relation ayant nécessairement des conséquences pratiques et concrètes sur les autres relations, celui-ci doit être débattu dans toutes les relations des deux partenaires. Par exemple quand deux partenaires décident d’habiter ensemble, ceci réduit le champ des possibles pour les autres relations ; il est nécessaire que tous les autres partenaires directs en soient informés, et acceptent de leur côté la « réduction » ou la « non-capacité » d’engagement qui en découle pour le/la partenaire. Note : cette « réduction » ou « non-capacité » peut aussi ne pas être vécue comme telle, en fonction des personnes : avoir des enfants avec un partenaire n’implique pas nécessairement de ne pas en avoir ou en élever avec d’autres. Le champ des possibles dépend de ce que chacun est capable de proposer et d’accepter.
    • dans le cas d’une personne déjà engagée qui aurait une nouvelle relation, les engagements et capacités d’engagement doivent être explicités le plus tôt possible. Bien sûr ceci est indicatif et ne saurait être contraint. Mais la transparence maximum et la communication garantissent la stabilité et la qualité des relations.
    • D’expérience, il peut être plus facile de revoir les engagements de manière régulière et explicite. Soit avec des jalons fixés à l’avance, soit dès qu’un partenaire en ressent le besoin ou désir. Comme on dit en sexualité positive, on est d’accord jusqu’à ce qu’on ne le soit plus, et tout le monde a le droit de changer d’avis librement. Il faut juste en parler.
  • liberté d’avoir aucune, une ou plusieurs autres relations ; à la seule condition que celle(s)-ci soient régient par le présent contrat.
    • c’est à dire que chaque individu d’une relation doit offrir les mêmes libertés à son partenaire de relation, que celles qu’il a lui/elle-même, par le présent contrat.
    • C’est la seule contrainte ou obligation du contrat : aucun partenaire ne peut donner à l’autre, aux autres, moins de libertés que ce qu’il/elle a lui/elle.

    Autres points à réfléchir

    • quid du lien émotionnel ? Par rapport à la relation ? Celui-ci est évidemment distinct de la relation, mais néanmoins important. Celà dit, on ne décide pas forcément de la nature du lien entre deux personnes, ni de son intensité ou de sa solidité. Pour l’instant, le lien émotionnel n’est donc pas traité dans le présent contrat, parce que les partenaires n’ont qu’une emprise décisionnelle limitée sur lui.
      • le lien émotionnel n’est pas décidé : il existe, ou pas. Les émotions naissent et meurent, en dehors des décisions des partenaires. Ils choisissent juste comment accueillir et quoi faire de leurs émotions, après leur naissance.
      • Alors que la relation, elle, résulte de l’application de la volonté des partenaires, de la confrontation de leurs désirs respectifs de créer, faire vivre et éventuellement faire grandir une relation entre eux.
    • liberté de communication ?
      • ou bien obligation ou pas de tenir au courant toutes les relations de l’état des autres ?
      • ça me semble limite du totalitarisme ça. Elle est où la vie privée et la liberté d’avoir son jardin secret ?
    • gestion du temps
      • définir ensemble le temps dont chacun a besoin, régulièrement pendant la relation.
      • temps minimum à définir ? → me semble lié à la négociation et aux désirs / capacités de chacun. Toute limite, même basse, serait contrainte et donc obstacle à la liberté. Le principe de non-agression prévaut, donc tout doit être débattu/négocié.
      • jalons minimum à définir ? → idem